Incubateur Belle de Mai

« L’économie numérique a encore un bel avenir devant elle »

Interview de Charles-Edouard de Cazalet


Charles-Edouard_de_Cazalet-150x150Les dernières annonces du gouvernement ont pu inquiéter les entrepreneurs. Mais qu’en est-il vraiment du projet de loi de finances 2013 et de ses impacts ? Rencontre avec Charles Edouard de Cazalet, directeur associé de Sogedev, expert en financement public.

Le statut Jeune Entreprise Innovante ou JEI a connu 3 grandes étapes : sa création en 2004, la loi de finances 2011 qui l’a fortement dégradé et le rectificatif de cette loi qui l’a remis à jour fin 2011 sans pour autant revenir au niveau de 2004. Le dispositif JEI n’est pas inscrit dans le projet de loi de finances 2013 mais le gouvernement s’est prononcé en faveur du rétablissement de l’exonération des charges sociales. Les détails ne sont pas encore connus, cependant tout porte à croire que, sur ce point-là, les entrepreneurs devraient retrouver le dispositif de 2004 – exception faite de l’Impôt sur les Sociétés, moins primordial pour les startups.

Le statut JEI avait été, dès sa création, prévu pour une durée de 8 ans, que va-t-il se passer après 2013 ?

Nous ne pouvons évidement rien prédire aujourd’hui, mais François Hollande a laissé entendre qu’au vu des résultats, le JEI devrait perdurer au delà de cette date. Le 1e rapport d’évaluation [1]  du dispositif « Jeune Entreprise Innovante » publié par la DGCIS en septembre dernier est très favorable et démontre le potentiel du statut. Le rapport fait état du nombre d’emplois créés par ces jeunes entreprises. Nous ne serions pas surpris qu’en s’appuyant sur ce rapport, le dispositif soit au minimum reconduit, voire amélioré.

Le Crédit Impôt Recherche (CIR), dispositif complémentaire au JEI a fortement fait parler de lui, quel est son avenir ?

Le gouvernement a bien compris que l’innovation, la Recherche et le Développement étaient des atouts pour la France, pour sa compétitivité. Au dispositif CIR, qui sera préservé, va même s’ajouter la dimension innovation avec l’arrivée du Crédit Impôt Innovation (CII).

Le rapport du sénateur Michel Berson [2], qui et un des plus complets à ce jour, a révélé le besoin de revoir le CIR pour l’orienter plus en faveur des PME mais ce n’est pas encore suivi dans les faits. Les grands-groupes restent les premiers bénéficiaires de ce dispositif en terme de montant perçu. Il ne faut pas oublier que le CIR est la mesure fiscale la plus importante en faveur des entreprises, au-delà même de l’innovation. Cependant même si ce dispositif est très positif, il n’est pas encore assez développé pour les PME à notre goût. De plus, nous ne sommes toujours pas à l’abri de coup de rabot avec la situation économique que connait la France actuellement.

Même si le projet de loi de finances 2013 reste clairement orienté vers l’innovation, contrairement aux échos que s’en sont fait les médias, il faut rester vigilant et marteler sans cesse l’absolue nécessité de pérenniser le CIR, d’autant plus pour les PME qui représentent la majorité des créations d’emplois.

Pourtant, il y a bien eu un lever de bouclier des entrepreneurs via le mouvement des « Pigeons » ?

Avec la taxation des entrepreneurs, l’Etat a lancé un très mauvais signal qui a occulté tout le reste. Depuis, le gouvernement est revenu partiellement en arrière mais l’impact psychologique est bien là. C’est un très mauvais coup de communication. Le gouvernement s’est mis à dos les dirigeants des TPE et PME en très peu de temps et au-delà de nos frontières. Pourtant, l’Etat est conscient que ce sont ces mêmes TPE et PME qui créent la majorité des emplois.

Pour en revenir aux entrepreneurs, leur colère est justifiée puisque même si à court terme, avec les nouvelles dispositions proposées par le Gouvernement, la majorité d’entre eux ne sera pas directement impactée, la taxation accrue des investisseurs devrait, quant à elle, être belle est bien présente. Ils seront certainement moins prêts à prendre des risques si l’Etat prélève jusqu’à 65% de la plus-value qu’ils espèrent réaliser si tout se passe bien. Cela montre un manque de connaissance du gouvernement de la dynamique entrepreneuriale et leur manque d’intérêt pour les entrepreneurs. Tout cela a été très contre-productif et risque au final de freiner les investissements.

Malgré tout, il reste encore des secteurs où il fait bon investir ?

En tant qu’observateur, je constate que le secteur du e-commerce et les services qui y sont associés sont encore très prometteurs. Plus largement l’économie numérique a encore un bel avenir devant elle. L’innovation numérique fait émerger de nombreux services web associés comme la e-réputation, les réseaux sociaux en entreprises, le RTB … de nouveaux modèles économiques voient le jour en parallèle des nouveaux usages des technologies.

Nous avons suivi également l’évolution des développements autour de l’environnement, du Green Business mais ce n’est pas flagrant. Il n’y a pas eu de grosse réussite, de décollage fulgurant de startup. Pour l’instant, ce sont plus des PME d’une certaine taille et les grands groupes qui sont actifs sur ce secteur.

La France a-t-elle une place à jouer dans le numérique ?

Les développeurs français ont une très bonne réputation. Plus globalement, les formations scientifiques sont reconnues pour leurs qualités. Les ressources intellectuelles d’un bon niveau couplées à un coût en R&D compétitif et à haute valeur ajoutée permettent à la France d’être attractive. Mais il faut conserver ce niveau car d’autres pays, en Europe et ailleurs, tendent à offrir des compétences similaires, notamment en informatique.

Paperus est la 100e entreprise créée accompagnée par Belle de Mai, votre vision de cette entreprise pleine d’avenir ?

La réunion entre le virtuel et le réel (« click & mortar » [3]) a déjà montré, avec par exemple la FNAC, que les passerelles entre ces deux mondes fonctionnent, même s’il existe encore certaines difficultés. L’économie numérique a déjà chamboulé le secteur de la musique, il en sera de même pour le livre. La solution que propose Paperus est à suivre de  près par les éditeurs. Il ne faut pas qu’ils commettent les mêmes erreurs que pour la musique numérique. Ils sont déjà très en retard par rapport aux usages des consommateurs. Aujourd’hui, tout le monde a pris l’habitude d’utiliser les nouvelles technologies, ce n’est plus réservé aux Geeks [4].

Au-delà de la culture, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les commerçants traditionnels passent au numérique. De nouveaux services packagés seraient nécessaires pour les aider à passer le cap, notamment sur les nouveaux modes de paiement. Je suis convaincu que beaucoup d’initiatives devraient voir le jour prochainement.

 

[1] Évaluation du dispositif JEI – Septembre 2012 – Sébastien Hallépée & Antoine Houlou Garcia : http://www.industrie.gouv.fr/p3e/evaluation/evaluation-du-dispositif-JEI.pdf

[2] Crédit d’impôt recherche : supprimer l’effet d’aubaine pour les grandes entreprises, réorienter le dispositif vers les PME : http://www.senat.fr/rap/r11-677/r11-677.html

[3] Click & mortar : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bricks_and_clicks

[4] Geek : http://fr.wikipedia.org/wiki/Geek

 

 

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