Incubateur Belle de Mai

L’Open data : du discours à la pratique (1/2)

data.gouv.fr va fêter ses 1 an et demi d’existence. La région Paca a ouvert ses données depuis bientôt 3 mois. Le mouvement open data – comprendre l’ouverture des données publiques pour une transparence accrue de l’action publique – voit ses premières applications pratiques fleurir un peu partout. L’occasion de faire un état des lieux de la mise en œuvre de « ce nouveau pont entre les citoyens et la politique ».

Il était une fois l’open data. L’histoire est belle, le concept, prometteur, fait l’unanimité.

De son essence est ensuite né le discours. Le politique se l’est approprié et pour cause : il figure en première ligne. « L’open data est le nouveau pont entre les citoyens et les politiques. Ces mécanismes répondent aux besoins du public d’obtenir des informations non traitées et objectives. Ceci, afin de forger son jugement sur une base rationnelle », a-t-on pu entendre au colloque « nouveaux usages d’Internet, nouvelle gouvernance », organisé par le Centre d’Analyse Stratégique – un organisme placé sous l’autorité du Premier Ministre, qui a pour mission d’éclairer le Gouvernement sur tout une série de sujets, par définition, stratégiques.

Initiative fortuite? Pas vraiment. À l’heure où sévit plus que jamais une crise de la démocratie, on continue d’observer un discrédit important de la chose politique au sens large. Une perte de confiance qui a imprégné les mentalités et à laquelle les plus hautes instances de la représentativité politique se doivent d’apporter des solutions.

L’Open Data au secours de la démocratie ?

Ainsi l’open data accourrait au secours de la démocratie. Il redonnerait une légitimité à l’action publique, en lui conférant une plus grande transparence.  « Ouvrir l’accès le plus large aux informations publiques, c’est tout d’abord améliorer la transparence de l’État et de ses institutions, éclairer le débat démocratique, et rapprocher la puissance publique des citoyens », peut-on ainsi lire dans le rapport des chercheurs de l’École des Ponts ParisTech, remis en 2011 à l’ancien ministère de l’économie numérique. « Il s’agit de renforcer la transparence des actions de l’Etat, comme des collectivités locales, auprès des citoyens », lit-on, enfin, sur le site data.gouv.fr, la vitrine nationale de l’open data. Le principe est posé.

Viens ensuite le discours. « L’Open Data est en quelque sorte une nouvelle matière première que l’on apporte à l’ensemble du monde numérique », illustre Vincent Chriqui, Directeur Général du Centre d’analyse stratégique depuis janvier 2010. Le discours déjà bien rodé.

Mais il y a une vie après le jeu politique. Philippe Méda, pour l’angle de l’entrepreneur, se propose lui aussi de définir l’open data: « c’est d’obliger par la loi à rendre au public un ensemble de données qui lui appartiennent .» Le ton est tout de même un peu différent.

De la théorie à la pratique : des avis qui divergent

Lundi 5 décembre 2011, Paris. La plateforme gouvernementale française d’ouverture des données publiques, data.gouv.fr, est enfin disponible. Elle est développé par Etalab, la mission, sous l’autorité du Premier ministre, chargée de coordonner l’action des administrations de l’État et d’apporter son appui à ses établissements publics administratifs pour faciliter la réutilisation la plus large possible de leurs informations publiques. On bascule dans le concret.
À l’échelle locale, si la région a opéré une transition en douceur vers les données libres depuis décembre 2011, via le site opendata.regionpaca.fr, cela a pris toute sa dimension durant « les rencontres régionales de l’open data en PACA », organisées le 10 juillet dernier. « Cette démarche d’open data a pour buts une plus grande transparence démocratique pour les citoyens ainsi que le développement de services innovants par les entreprises de la région, au service de l’attractivité et du développement des territoires », explique la collectivité.
Ainsi, la région se veut bonne élève et fait partie des collectivités territoriales les plus dynamiques sur le sujet.

L’initiative est belle. Pour Philippe Méda, « on assiste à une bonne convergence des acteurs. Un gros travail de structuration a été effectué en interne au niveau de la région. Même si tout n’est pas ficelé à 100%, l’effort est a salué. »

Mais l’expert s’empresse de relativiser : « On parle en théorie de l’ouverture de l’ensemble des données publiques. Cela englobe donc les données des entreprises privées bénéficiaires d’une délégation de service public. » Autrement dit, par effet ricoché, ce ne sont plus simplement les administrations qui devront se montrer irréprochables dans leur fonctionnement, mais bien des entreprises privées dans certaines de leurs activités. Des premiers écueils ne manquent pas d’apparaître. « Ouvrir ses données a un coût. Lorsqu’une entreprise a remporté un appel d’offre il y a 5 ans, le coût de la mise en place de l’open data sur ses activités de service public n’a pas été visé. Une question se pose alors : Qui doit assumer ce coût? »

Pour d’autres, les écueils sont plus profonds. « Il y a un problème de taille car l’ouverture des données va impacter obligatoirement les prérogatives des administrations et risque de révéler les failles de fonctionnement à l’aune du jugement des citoyens. […] Or, en ce moment, les administrations se plaisent à retarder l’ouverture à travers des dispositifs qui masquent l’incompétence technique de celles-ci. On voit, par exemple, des concours lancés avec des appels aux développeurs à créer des applications à partir de données mises à disposition, mais qui ne vont pas plus loin dans l’usage que vont en faire les publics. »

Christian Artin n’y va pas avec le dos de la cuillère. Spécialiste des nouvelles technologies depuis 30 ans déjà, aujourd’hui fin connaisseur de la culture web, il est le fondateur et organisateur du festival MAIN – Media Art Image Numérique. Il est aussi blogueur. Son site, le débit de data, est spécialisé dans les nouvelles tendances du web (http://www.debitdedata.net/). Il propose lui aussi sa version du concept : «  l’Open Data, c’est l’ouverture des données publiques pour une transparence et une gouvernance des éléments concrets de la vie citoyenne. »

Une définition qui place directement le concept devant la réalité de sa mise en pratique.

Car de l’avis de certains observateurs, une fracture est bien entrain de se créer entre le discours politique et la technique. « Certaines administrations ne veulent pas comprendre que l’open data doit commencer par une révolution culturelle à l’intérieur du corps territorial. C’est une dépossession pour les politiques et une appropriation de la chose publique par les citoyens. Mais c’est aussi un concept qui a besoin d’une réflexion technique poussée pour prendre tout son sens », poursuit le blogueur.

Open data VS linked data

Ainsi, Christian Artin ne manque pas d’évoquer la confusion entre open data et linked data, « dans le premier cas, on se contente de mettre à disposition des données sous forme de fichiers exportables. Les données sont inertes, sans capacité de mise à jour automatisée. Dans le cas du linked data, les données sont disponibles sous la forme de jeux de données liées depuis le serveur, ce qui offre l’avantage de garantir la mise à jour automatique pour les sites distants utilisant les données. Le linked data offre également l’avantage d’assurer l’intégrité des valeurs des jeux de données, il n’y a pas de risque d’altérations par le tiers distant. »
Cela va beaucoup plus loin qu’un simple détail technique. Il en va du cœur du concept. De la possibilité pour le public de s’approprier ces informations et de réellement tirer le meilleur parti de ces données. Une réflexion semble donc s’imposer, sur les premières évolutions que doit déjà connaître l’accès aux données libres: les réalités techniques rattrapent le discours.

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