Incubateur Belle de Mai

La CNIL veut contribuer au « développement durable » de la vie privée

COMPTE-RENDU & VIDEO – Nous avons inauguré, lundi 15 novembre, un cycle de conférences traitant de deux enjeux auxquels peuvent être confrontés les créateurs d’entreprises innovantes : la question du traitement des données personnelles en ligne, et le « jeu sérieux ». Deux temps complètement distincts, tout aussi riches l’un que l’autre.
Synthèse des échanges.
Nous vous proposons un petit compte-rendu des échanges qui se sont tenus, lundi 15 novembre, lors du premier cycle de conférences organisées par l’incubateur multimédia Belle de Mai.
1.    Quand le respect de la vie privée en ligne devient un « avantage concurrentiel »
« J’ai vu des personnes se faire remercier par leur patron en direct ou presque, après des réunions agitées à la CNIL. Imaginez plutôt : nous nous retrouvons parfois face à des entreprises dont nous « retoquons » tout le système de traitement de données, et donc le business model, car il ne respecte pas la loi informatique et liberté de 1978. Alors, forcément, quand le patron de la société en question découvre que nous n’avons pas été consultés, et réalise, à six jours du lancement, qu’il ne pourra pas commercialiser son produit ou son service, les réactions sont parfois vives ! »
Cette anecdote, racontée par Mathias Moulin, responsable, au sein de la CNIL, du service des « Correspondants Informatiques et Libertés » (CIL), en dit long sur le degré de méconnaissance qui règne encore autour de la question des données personnelles. Et particulièrement dans les petites entreprises.
Sans en arriver à ces situations extrêmes, l’autorité administrative indépendante, qui doit au minimum être informée lors de la mise en place de tout traitement de données (fichier client, données commercialisées, ou « retraitées », …) se retrouve encore parfois face à des entrepreneurs ou des chefs de projets qui n’ont absolument pas intégré la question du traitement des données personnelles dans leurs préoccupations. Jean-Marie Nazarenko, le Correspondant Informatique et Libertés de l’Incubateur Belle de Mai, confirme : « Trop souvent, lorsque l’on est en phase de lancement d’une activité, la question des données personnelles passe au second plan, voire au troisième ou au quatrième. Lorsque je rencontre des porteurs de projets, je leur dis qu’au contraire, bien respecter les données personnelles en ligne, cela peut être un avantage concurrentiel. »
Ceci est d’autant plus vrai qu’en termes d’image pour les entreprises, la question du traitement des données personnelles est de plus en plus sensible, diagnostique Mathias Moulin. « Nous savons que des grands groupes ont évolué sur ce point car ils avaient peur que des sanctions de la CNIL ne détériorent leur image. C’est ainsi, par exemple, que nous avons progressé sur la durée de l’enregistrement des requêtes sur les moteurs de recherche », détaille-t-il.
Au-delà de son rôle de contrôle, la CNIL développe plus que jamais sa mission d’information. Pour Mathias Moulin le rôle de la CNIL « c’est aussi de contribuer au « développement durable » de la vie privée. Car la vie privée, c’est un peu comme l’environnement : vous avez un capital au départ, et, si vous commencez à le dilapider, il vous sera extrêmement difficile de le reconstituer … »
>> Pour retrouver un résumé plus complet des échanges et des réponses apportées, vous pouvez vous reporter au petit dispositif que nous avons utilisé pour couvrir les échanges en direct. Parmi les mots clefs : Facebook, ressources humaines, argument marketing, certification.


2.    Le jeu « sérieux … » : des chiffres et des perspectives
Mettre des chiffres sur le marché du Serious game -objet de la seconde conférence – à quoi ça sert ?
Nous avons interrogé Stéphanie Blanchet-Simpson, une porteuse de projet, qui veut réconcilier ludisme et sérieux dans un site web destiné à la sensibilisation aux cultures étrangères des enfants de 6 à 10 ans. Comme vous allez le voir, elle compte faire un usage très concret des informations glanées :

Les chiffres en question, qui serviront à alimenter ses arguments de présentation, ce sont ceux présentés par Laurent Michaud, Chef de projet Loisirs numériques de l’IDATE. Selon lui, le chiffre d’affaires mondial du serious game, cette « application informatique qui utilise les capacités d’un jeu vidéo à immerger un individu dans un environnement graphique interactif attrayant pour un motif « sérieux » », peut être évalué à 10 milliards d’euros à l’horizon 2015 dans le monde. Contre 80 millions d’euros annuels en France aujourd’hui.
L’expert a passé en revue les différents modèles économiques de ces projets, qui ont la particularité de réunir, comme il nous l’avait expliqué lors d’un précédent entretien, des talents issus d’horizons divers (game design, formation, communication… ). «Certains studios de développement se positionnent comme prestataires, il y a la vente de licences, on peut également citer le sponsoring, détaille-t-il. Une certitude cependant : le secteur fonctionne assez peu en « one shot », à la différence du jeu vidéo classique. Il reste beaucoup à faire, et parfois avec pas grand-chose : les barrières à l’entrée sont encore très peu fortes … »
Le principal secteur porteur, à ses yeux ? Les « jeux d’éducation thérapeutiques »,  ou « thérapeutiques games », qui sont « de véritables supports de soin », explique-t-il.
Une question, enfin, à l’origine de la salle : celle de l’éligibilité de projets de serious games aux subventions accordées par le centre national du cinéma et de la création animée (CNC), au titre de projets « nouveaux médias ». Ce fonds, dont bénéficient largement aujourd’hui les webdocumentaires, ces « cousins assez proches » du serious game, comme le remarquait un participant, pourrait être une manière de prolonger les aides apportées dans le cadre d’un appel à projet gouvernemental, qui avait contribué au développement de plusieurs projets en 2009.

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